Pour la 10ème année consécutive, j’ai participé à l’open de France de natation artistique. Un évènement que j’apprécie beaucoup pour sa convivialité et les belles rencontres que l’on peut y faire. Côté photo, cela reste un challenge. Il s’agit d’une compétition internationale avec ses codes et ses contraintes. La lumière, élément de base d’une photo, est compliquée à gérer car nous sommes dans une piscine qui mélange une lumière naturelle avec une lumière artificielle qui varie du blanc à l’oranger. Cette année, premier petit changement après 9 ans à la piscine de Montreuil, direction la piscine Georges Valleret dans le 20ème à Paris. J’ai été présomptueux de croire que mes 9 ans d’expérience pourraient m’éviter de faire une reconnaissance de ce nouvel espace. Et bien c’était une erreur, j’ai perdu quelques longues minutes à m’approprier le lieu. (Trouvez les meilleurs angles, dans l’espace qui nous avait été réservé). Cela m’a servi de leçon.

Sur place je retrouve l’équipe de photographes qui suit, tout comme moi, l’évènement depuis son début. C’est un vrai plaisir de les revoir. On discute compétition, matériel, on râle sur la lumière ou sur nos photos loupées. On se raconte nos projets, et notre vision de la photo. C’est très enrichissant.

Le premier jour, c’est une mise en condition. On fait nos premiers réglages, on recherche les angles les plus pertinents, on fait quelques essais et surtout on s’imprègne de l’ambiance pour finalement s’intégrer au décor. Le premier jour de compétition voit s’affronter des duos. Il va falloir faire des choix sur l’optique que l’on va utiliser. J’ai deux possibilités : soit prendre un optique à focale fixe de 300 mm (qui demandera d’être très précis sur les expressions des visages au risque d’avoir des membres coupés) ; soit le zoom 70-200 mm (prise de risque moindre, mais qui demandera plus de travail en post-production). J’ai opté pour le 300 mm car il est très lumineux et, en cette journée où la météo est portée sur le gris, cela me paraissait un risque abordable.

Quand on fait de la photo de sport en intérieur, le trio vitesse, ouverture et sensibilité (iso) font partie du casse-tête de ce style de photo. Il faut figer le mouvement sans pour autant se retrouver dans le noir. Il est donc important d’avoir des boitiers qui montent en sensibilité (iso). Seuls les boitiers expert + et pro arriverons à donner un résultat concluant. Lors de cette compétition, je ne serais jamais descendu en-dessous d’une sensibilité de 1600 iso.

La photo de sport demande de bien connaître celui-ci. Dans le cadre de la natation artistique, il faut savoir que la nageuse passe 50 % de son temps la tête sous l’eau. Il y a deux jury, un de chaque côté du bassin. Résultat : la nageuse est devant votre objectif seulement 25 % du temps que dure sa démonstration. Vous devez rester scotcher à votre œilleton, le doigt sur le déclencheur le temps de l’épreuve. La chaleur et le bruit font aussi partis des éléments à prendre en compte dans la gestion de sa fatigue. Fatigue = moins concentré.

En ce deuxième jour, c’est au solo de faire leur entrée. Elles sont nombreuses à passer en qualification. C’est l’occasion de sortir l’artillerie lourde et de jouer des muscles. Sortons le 400 mm de sa caisse et voyons ce que cela donne. Le résultat était très intéressant malgré quelques mains coupées et un autofocus capricieux, le résultat est là et me satisfait. Je vais continuer cet après-midi les finales avec. Entre les épreuves du matin et celles de l’après-midi, les nageuses continuent à s’entraîner. Cela permet de rentrer, l’espace d’un instant, dans l’intimité d’un entraînement. Cela donne également l’occasion de faire quelques photos de l’entraîneur et de l’encadrement. Sur ce genre d’évènement, je suis accompagné de mon collègue Jacques, qui récupère mes cartes mémoire, fait un pré-tri des photos les plus intéressantes ou réussies pour les donner à la communication de l’évènement. C’est une aide précieuse car ainsi, je ne me concentre que sur la prise de vue. Il m’aide à fournir des photos pour les réseaux sociaux, ce qui est primordial pour faire vivre un évènement en direct. A la fin de la compétition, il me maudit, moi et mes 8 000 photos. La deuxième journée, bizarrement, est la plus difficile car elle est longue : arrivée 8h – départ 21 h. Les yeux sont rouges, les épaules et le dos me rappellent que je ne suis pas un grand sportif, les jambes en coton, je suis pressé de regagner mon chez moi.

Dernière ligne droite et non des moindres en ce troisième jour, c’est aux équipes de montrer leur talent de synchronisation. La veille, nous avions eu quelques rayons de soleil qui nous avaient bien aidé. Là, le soleil jouait à cache-cache et la pluie traverse par endroits le dôme. Les ballets, c’est un peu comme le 50 m en natation : c’est rapide et spectaculaire. Côté objectif, pas trop le choix : on a tous opté pour un 70-200 mm. La vraie problématique se trouve plutôt dans notre placement. Si vous êtes au ras de l’eau, les portés seront plus spectaculaires, mais on aura un fond pollué de publicité et d’individus parasites. Si l’on se place au-dessus du bassin avec un angle entre 30 et 60°, alors notre fond sera représenté par le bleu de la piscine mais va écraser le porté. Il est difficile de trouvé un compromis, il faut faire un choix. J’ai eu la chance que NIKON me prête un D5. Franchement, c’est que du plaisir. J’ai pu monter en sensibilité sans avoir trop de grain. Je retrouve le confort du D4 mais en plus véloce. Merci à eux pour leur confiance. Pendant 3 jours, j’ai eu l’impression de partager des moments privilégiés avec des gens passionnés et des nageuses de grand talent. Leur accessibilité faisait plaisir à voir, quand tu sais tout le travail que cela demande. Au moment de tout ranger, on a toujours peur d’oublier quelque chose. Que ce soit une carte mémoire, un objectif, une adresse mail, ou nos nouveau chasubles tout bleus.

On sort de la piscine, on a froid, on a mal partout, on a les yeux éclatés et le nez bouché. Mais vivement l’année prochaine. Merci encore à l’organisateur, aux passionnés, au public qui a su mettre le feu à cette piscine et aux bénévoles.

Un énorme smack à l’équipe de France qui a su, par leur sourire et leur travail, rendre se RDV Parisien au niveau international.

Cela va faire 10 ans que je connais Anh Viet. Depuis le premier Open, photographe pour la Fédération de Gymnastique, son regard est aiguisé et plein d'expérience. Je lui ai demandé ce qu'il pensait de cette épreuve. _

"Ce fut une édition particulièrement différente liée au contexte du coronavirus. Dans un nouveau lieu par rapport aux éditions précédentes, la piscine Georges Vallerey est sans conteste beaucoup mieux pour les sportifs, les juges, les médias et le public, du fait d'une lumière plus homogène, une température mieux contrôlée (il ne faisait pas trop chaud) et une facilité de circulation générale (moins de place autour du bassin mais plus de places pour le public, les officiels et les délégations côté tribunes). L'absence de plongeoir est sans aucun doute un avantage, tant pour les nageurs que pour le rendu visuel sur les photos. On constatait que les nageuses étaient impatientes de participer à cette édition, à en lire les nombreux messages postés sur les réseaux sociaux. A 7h40, tout le monde était déjà à l'eau. Globalement, l'ambiance était détendue et personne n'a été gêné par les dispositions particulières mises en place par les organisateurs pour prévenir toute propagation du coronavirus. On regrette toutefois les absences de nations Elites qui ne se sont pas déplacées. Ce qui m'a marqué en 3 points :

  • la solidarité de la France vis à vis de la disqualification des USA pour le ballet libre
  • un calme quasi absolu durant les entraînements du fait des dispositifs d'émetteur/récepteur entre le coach et les nageuses. Plus aucun coach ne crie, bien au contraire, on ne les entend plus à contrario des nageuses à la surface de l'eau.
  • beaucoup de créativité des ballets libres, certains passages nous donnaient des frissons. On les sentait déjà à fond dès le premier Artistic Swimming World Series à Paris."

Merci à lui pour ce témoignage